L’entreprise française, spécialisée dans le traitement de données pour les professionnels, veut pousser la recherche et améliorer ses services pour les industriels.

L’année dernière, le premier ministre canadien Justin Trudeau surprenait les journalistes en donnant une définition claire de l’informatique quantique lors d’une conférence de presse. Emmanuel Macron va lui aussi devoir se mettre à niveau. L’entreprise française Atos annonce mardi le lancement d’un simulateur quantique. Baptisé «Atos Quantum Learning Machine» (Atos QLM), il doit aider les chercheurs, les étudiants et les ingénieurs à développer des applications et des langages inédits et de tester de nouveaux algorithmes. «Nous préparons l’avenir de l’informatique», affirme Thierry Breton, PDG d’Atos, au Figaro.

Priorité pour la recherche

Un calculateur quantique se distingue d’un ordinateur classique. Alors que ce dernier effectue des calculs sur des données binaires (0 ou 1), lues les unes après les autres, l’informatique quantique exploite plusieurs valeurs simultanément. Ce genre de calculateur réalise des opérations bien plus rapidement, et avec moins d’équipements, que les appareils utilisés aujourd’hui. Beaucoup d’entreprises cherchent à construire un ordinateur quantique. Ce processus long, coûteux et complexe, n’a pas encore abouti à la commercialisation d’une machine universelle et grand public.

Atos, lui, n’a pas construit un ordinateur quantique mais un simulateur, capable de reproduire une partie de ses capacités de calcul. «Un simulateur est une machine classique capable de simuler en partie ce que l’on pourrait faire avec un ordinateur quantique», explique Anthony Leverrier, chercheur à l’Inria. «Il ne s’agit pas de passer à l’échelle, mais de tester des applications et des algorithmes qui, un jour, pourront être utilisés sur des ordinateurs quantiques.»

Comme Atos, Microsoft a lui aussi développé un simulateur d’informatique quantique. Mais la plupart des entreprises du secteur concentrent leurs efforts sur le matériel. C’est le cas de l’entreprise canadienne D-Wave (en collaboration avec Google et la NASA) ou d’IBM. Cette dernière a construit un petit ordinateur quantique, disponible en ligne pour les chercheurs. D’autres misent sur la recherche universitaire. Intel a investi 45 millions de dollars dans un centre en partenariat avec l’université de Delft, aux Pays-Bas.

Des applications industrielles

Atos a lancé son programme industriel d’informatique quantique en novembre 2016. Pour ce faire, il a constitué un conseil scientifique, qui doit se réunir deux fois par an pour discuter des progrès de ses ingénieurs. On y retrouve Cédric Villani, mathématicien et récemment élu député, Serge Haroche, Prix Nobel de physique ou Daniel Estève, directeur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), l’un des partenaires d’Atos sur le sujet.

Au-delà de la recherche, l’informatique quantique pourrait aussi avoir des applications industrielles. Elle permet des puissances de calcul utiles à des programmes très gourmands en traitement de données, comme l’intelligence artificielle, la finance ou la météo. Atos souhaite également mettre ses recherches au service de la cybersécurité, l’une de ses spécialités. L’entreprise européenne travaille sur des algorithmes quantiques de chiffrement capables de résister à de futures attaques informatiques très puissantes, provenant d’ordinateurs quantiques. «Il existe un lien fort entre la cybersécurité de l’informatique quantique», assure Thierry Breton. «Nous voulons montrer qu’en Europe, nous avons tout ce qu’il faut pour nous protéger en ligne.»

Atos investit depuis plusieurs années dans les supercalculateurs. L’entreprise a racheté Bull en 2014, spécialisée dans les data-centers et l’infrastructure informatique. Elle a vendu 70 supercalculateurs lors des 12 derniers mois. Une vingtaine de ces ordinateurs sont classés dans le TOP500, qui répertorie les supercalculateurs les plus puissants au monde. Ce dernier est dominé par les entreprises américaines, chinoises et japonaises.