La solution Breton

Avec son projet de Fonds européen de sécurité et de défense, c'est un outil pratique et prêt à l'emploi que propose aux membres de la zone euro Thierry Breton, PDG d'Atos et ancien ministre français de l'Economie et des Finances.
Et ceci au moment précis où les chefs d'Etat de l'Union européenne réunis à Bruxelles tentent de relancer l'Europe de la défense pour surmonter la défection de l'allié britannique. Bien sûr, un départ du Royaume-Uni ne mettra pas fin à la coopération militaire franco-britannique sur les théâtres extérieurs. Mais cette défection par voie référendaire somme l'Europe, sous peine de continuer à se dissoudre par la volonté de peuples inquiets, de mieux sécuriser ses frontières continentales. Bien sûr, lorsqu'il suggère de profiter des taux nuls ou négatifs pour refinancer les dettes d'investissements militaires, ou lorsqu'il envisage de mutualiser les efforts accomplis au titre de la sécurité commune, Thierry Breton pense aux seuls pays partageant la même monnaie.

Son Europe de la défense ne s'appuie pas sur une Europe citoyenne mais sur une Europe monétaire. Ce mariage insolite est la faiblesse de ce projet. Mais c'est aussi sa force et c'est pourquoi il est regardé avec intérêt par de hauts dirigeants français et européens. Car, au fond, il met notre monnaie unique, dans laquelle seraient libellés ces eurobonds, au service de cette sécurité collective. Avec ce Fonds de financement d'une défense plus autonome du système Otan, les chefs d'Etat de la zone euro et/ou de l'Union européenne disposent déjà d'un moyen à mettre au service de leur objectif. A condition de convaincre les petits Etats membres de leur intérêt à mutualiser les investissements militaires et sécuritaires. Ce qui ne sera pas une mince affaire, la France, l'Allemagne et l'Italie cumulant, à elles seules, les trois quarts de la dette militaire constituée depuis la création de la zone euro. L'Europe de la défense ne peut plus tolérer de passagers clandestins


Le P-DG d'Atos pour un fonds européen de défense après le Brexit

Thierry Breton, P-DG d'Atos , se dit en faveur de la mise en place d'un fonds européen de défense et de sécurité, qui permettrait de réduire l'endettement des pays de la zone euro et de dégager ainsi des marges de manoeuvre pour investir.

Dans un entretien publié par le Journal du dimanche, l'ancien ministre de l'Économie ajoute que la création d'un tel fonds serait l'un des moyens pour l'Union européenne de rebondir après le choix des électeurs britanniques de sortir de l'UE.

"Les préoccupations des citoyens européens sont la sécurité et l'emploi. L'idée d'un fonds européen de sécurité et de défense, sur laquelle je travaille avec d'autres depuis plusieurs mois, a vocation à imbriquer cette double exigence politique", dit Thierry Breton. Profiter de la situation économique"Nous avons l'opportunité historique de lancer un fonds liant les préoccupations liées à notre surendettement et aux questions de défense, en tirant parti de la période exceptionnelle et temporaire des taux d'intérêt nuls voire négatifs."

Le P-DG d'Atos ajoute que ce fonds "aurait vocation à reprendre l'ensemble des dettes de défense des pays de la zone euro depuis sa création (...) au total, 2300 milliards d'euros".

Faire fondre la dette française

"Il ne s'agit pas d'effacer ces dettes mais de les rembourser sur le long terme. À cet effet, le fonds émettrait des obligations à 50 ans aux taux actuels exceptionnellement avantageux et il serait abondé par chaque État membre d'un montant annuel correspondant à l'équivalent de deux points de TVA", poursuit l'ancien ministre de l'Économie.

"Ainsi la dette de la France passerait-elle immédiatement de 95 à 61% du produit intérieur brut (PIB). Celle de l'Allemagne, de 73 à 56%. La convergence redeviendrait à portée de main et la stabilité de la zone serait renforcée." Un projet réalisteThierry Breton a dit avoir discuté de ce projet de fonds avec le président français François Hollande, le premier ministre Manuel Valls, avec le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble, avec le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker ou encore avec le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi. Il ajoute que le fonds représente un projet européen, qui permet de dégager "des marges de manoeuvre pour investir à nouveau".

"La faisabilité du projet est établie. Avec d'autres projets de ce type, c'est une des réponses fortes permettant d'imposer une réaction immédiate et de projeter une vision à long terme pour l'Europe", poursuit le P-DG d'Atos.


Le PDG d'Atos pour un fonds européen de défense après le Brexit

Thierry Breton, PDG d'Atos, se dit en faveur de la mise en place d'un fonds européen de défense et de sécurité, qui permettrait de réduire l'endettement des pays de la zone euro et de dégager ainsi des marges de manoeuvre pour investir.

Dans un entretien publié par le Journal du dimanche, l'ancien ministre de l'Economie ajoute que la création d'un tel fonds serait l'un des moyens pour l'Union européenne de rebondir après le choix des électeurs britanniques de sortir de l'UE.

"Les préoccupations des citoyens européens sont la sécurité et l'emploi. L'idée d'un fonds européen de sécurité et de défense, sur laquelle je travaille avec d'autres depuis plusieurs mois, a vocation à imbriquer cette double exigence politique", dit Thierry Breton.

"Nous avons l'opportunité historique de lancer un fonds liant les préoccupations liées à notre surendettement et aux questions de défense, en tirant parti de la période exceptionnelle et temporaire des taux d'intérêt nuls voire négatifs."


Thierry Breton : "L'incertitude s'installera certainement si le Royaume-Uni sortait de l'Union Européenne."

Le référendum britannique s'approche à grands pas. Le groupe Atos, qui détient 15% de son chiffre d'affaires au Royaume-Uni, figure parmi les entreprises les plus concernées par un éventuel Brexit. Selon Thierry Breton, l'incertitude s'installera certainement si une sortie venait à se décider. Or, cette incertitude n'est ni favorable aux marchés ni à l'économie de la Grande-Bretagne et encore moins à celle de l'Union européenne. Ainsi, peu importe la décision qui découlera de ce référendum, l'Europe doit montrer de la fermeté vis-à-vis du choix britannique. -

Avec: Thierry Breton, PDG d'Atos, ancien ministre de l'Economie et des Finances. - Good Morning Business, du lundi 20 juin 2016, présenté par Stéphane Soumier, sur BFM Business.

 


Nous travaillons déjà sur l’ordinateur quantique

Pourquoi Atos développe-t-il des supercalculateurs ?

Avec nos 100.000 ingénieurs, nous sommes des industriels de la donnée, de l’extraction au traitement en passant par le stockage : du big data. Or ces données augmentent de façon exponentielle, au point que l’on parle de « data deluge ». En 2020, nous atteindrons 40 Zetabytes, soit 40 mille milliards de milliards de données exploitables dans le monde. C’est davantage que le nombre de grains de sable sur Terre !

Et il faudra être capable d’aller chercher un grain de sable bien précis, pour le mettre ensuite en relation avec un autre. Pour parvenir à cela, la puissance de calcul est clef. Il faut des super machines qu’Atos, à travers Bull (ndlr : rachetée par Atos en 2014) est l’un des trois ou quatre acteurs mondiaux à savoir concevoir et fabriquer aujourd’hui, et le seul européen.

Qui aura besoin d’une telle puissance ?

Les industriels s’en servent déjà aujourd’hui pour inventer la voiture ou l’aile d’avion du futur. Les PME y viennent en louant de la puissance de calcul pour des besoins ponctuels. Mais, plus largement, tous les secteurs ont besoin de modélisation. Industrie du futur, banque, assurance, agriculture… Demain, pour mettre au point des traitements médicaux réellement adaptés aux besoins de chacun, les molécules de médicaments seront individualisées et mises au point sur un supercalculateur.

Nos clients en ont besoin pour imaginer des millions de services nouveaux. L’informatique, ce n’est plus seulement des gains de productivité. La digitalisation et l’arrivée des plates-formes collaboratives de type Uber transforment tous les métiers qui doivent se réinventer et changer de business model. La maîtrise de la technologie et la proximité de l’innovation redeviennent essentielles, l’informatique retrouvant ainsi sa place de ressource de proximité, par nécessité réglementaire mais aussi stratégique.

En quoi est-ce important d’avoir un acteur français et européen sur ce marché ?

Lorsqu’il s’agit d’informations critiques et sensibles, il est essentiel qu’elles soient traitées sur le territoire européen, régulées selon nos propres normes et pas celles des autres. On touche là au cœur du réacteur, que ce soit pour nos clients privés ou publics. Pour nos plus grands clients, il est également indispensable d’être proche car nous travaillons avec eux sur l’évolution de super machines, en fonction de leurs gigantesques besoins à venir dans le big data sécurisé.

Vos rivaux sont lourdement subventionnés par leurs pays. Êtes-vous assez soutenus ?

Nous sommes soutenus. Mais les très grandes puissances internationales sponsorisent significativement leurs entreprises de haute technologie, et bien plus que chez nous. Grâce à nos équipes remarquables de recherche et développement cela ne nous empêche pas d’être dans la course.

J’espère bien, néanmoins, que nous bénéficierons de davantage de financements pour les prochaines années, notamment européens, car Atos SE est une entreprise européenne. Je souhaite ainsi créer une filière européenne, avec des ponts vers le monde académique. J’en ai parlé au Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. C’est l’intérêt de l’Europe de créer un écosystème puissant et indépendant.


Supercalculateurs : "La France fait la course en tête"

Un monstre de technologie.

Thierry Breton, président directeur général du groupe Atos-Bull, doit présenter mardi à Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, Sequana, un superordinateur avec une puissance mille fois supérieure à tous les supercalculateurs actuellement disponibles.

"Ce sont deux grandes armoires qui font 5 mètres carrés au sol. C’est très dense parce qu’il y a énormément de circuits intégrés très, très miniaturisés (...) Il pèse 9 tonnes", détaille le responsable au micro de la matinale d’Europe 1. Mais, souligne-t-il, "c’est dix fois moins grand, en terme de place et de consommation électrique, que les plus puissants ordinateurs du monde". Une bête donc, créée de toutes pièces par une équipe de 700 chercheurs chez Atos-Bull.

À la pointe de la recherche.

"La France fait la course en tête dans les supercalculateurs", relève cet ancien ministre de l’Economie de Jacques Chirac. Il promet: "Dans quatre ans, on fabriquera la génération d’après, qui sera mille fois plus puissante. C’est déjà dans nos cartons". Pour l’heure, le premier modèle de Sequana devrait aller au Comité à l’Energie atomique (CEA). "Notre premier client, ce sera le CEA. Je ne suis pas habilité à vous dire où ils vont l’installer, pour des raisons que vous pouvez comprendre aisément", explique Thierry Breton.

Traiter un océan d’information. Dans un futur proche, Sequana pourrait directement impacter notre quotidien. "Tous les 18 mois, on multiplie par deux les informations générées par notre activité quotidienne", insiste Thierry Breton. "En 2020, il y aura plus d’informations générées en un an qu’il y a de grains de sables sur la planète. Il faut pouvoir mettre en corrélation, en cohérence, un grain de sable avec un autre, pour pouvoir créer de l’information pertinente."

Vers une application gouvernementale ?

"La quasi-totalité des gouvernements européens sont nos clients, évidemment !", avoue Thierry Breton. Des applications en ce qui concerne la défense et le terrorisme donc, à travers notamment la surveillance des réseaux, sont à attendre. "L’espace informationnel devient critique pour la protection de nos concitoyens. Il est évident que nous travaillons avec tous ceux qui en ont la charge. Je ne pourrai pas en dire plus. Mais sachez que nous n’avons rien à envier à nos amis américains", conclut Thierry Breton.

Pour en savoir plus:http://www.europe1.fr/technologies/supercalculateurs-la-france-fait-la-course-en-tete-assure-thierry-breton-2717512


Thierry Breton : «Créons un fonds européen de défense»

Le visage de l'Amérique va-t-il changer avec Donald Trump?

Thierry BRETON. -Donald Trump a esquissé une Amérique plus repliée sur elle-même et encore moins désireuse de jouer les gendarmes du monde. Va-t-il rebattre les cartes de la géopolitique mondiale? D'aucuns le pensent ou le craignent. En toute hypothèse, son élection pose très clairement la question du financement de la défense de l'Europe. Depuis des années, l'Otan appelle les pays européens à investir plus pour faire face aux menaces grandissantes aux frontières. Or depuis dix ans, les dépenses de défense diminuent. Seules la France et la Grèce maintiennent un effort proche des 2 % du PIB recommandés par l'Otan. L'Allemagne, elle, n'y consacre que 1,1 %.

Et sur le front économique?

Les marchés, jusque-là, ont fait preuve de retenue et de sang-froid. Trump promet de relancer les investissements d'infrastructures et de baisser les impôts. Une telle politique soutiendrait l'activité économique et accélérerait la reprise de l'inflation. Logiquement, les taux d'intérêt devraient donc eux aussi remonter. Une telle perspective est de mauvais augure pour les États les plus endettés. En France, la charge des intérêts de la dette est d'environ 45 milliards d'euros par an. Elle grimperait à 100 milliards si les taux dépassaient les 3 ou 4 %. Pour payer l'explosion des intérêts, il faudrait doubler l'impôt sur le revenu. Impossible! Ajoutons qu'une hausse des taux d'intérêt menacerait rapidement une Europe mal en point. Les divergences économiques ne cesseraient de s'accroître entre les pays qui, comme l'Allemagne, ont réussi à contenir leur dette publique pendant la crise et affichent des budgets excédentaires ; et d'autres, qui, comme la France, verraient leur dette et leurs déficits exploser. En d'autres termes, l'élection de Trump est susceptible d'exercer sur l'Europe une double contrainte économique et géopolitique à laquelle il est urgent de se préparer. Il est donc impératif que les États réussissent à se désendetter tout en dépensant plus pour leur protection. Après le choc du Brexit, puis celui de l'élection américaine, il est inimaginable de ne pas réagir!

Est-ce raisonnablement possible de relever un tel défi?

Oui. Le projet de fonds européen de sécurité et de défense que je porte répond à cette double préoccupation. Conçu sur le principe du Mécanisme européen de stabilité, il émettrait à sa création des obligations à 50 ans pour racheter la totalité de la dette des pays européens consacrée à la défense depuis l'introduction de l'euro, soit 2300 milliards. C'est le moment ou jamais de le faire, car les taux d'intérêt sont encore extrêmement bas. À titre d'exemple, le fonds rachèterait pour 720 milliards d'euros de dette à la France (de loin le premier contributeur à la défense en Europe), 540 milliards à l'Allemagne, 400 milliards à l'Italie ou 200 à l'Espagne par exemple. Notre dette serait ainsi ramenée à 61 % du PIB contre près de 100 % aujourd'hui. Celle de l'Allemagne, à 55 %. C'est parce qu'ils retrouveraient enfin l'équilibre perdu en 2007 que les deux principaux piliers de l'Europe pourraient, sur une base assainie et plus homogène, impulser une nouvelle dynamique à la construction européenne.

Retrouvez l'intégralité de cette interview par Jacques-Olivier Martin dans Le Figaro du samedi 19 novembre.


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«Un pas historique pour la zone euro dans son intégration et pour sa sécurité»

Interview - Thierry Breton (PDG d'Atos Ancien ministre français de l'Economie, des Finances et de l'Industrie de 2005 à 2007) propose la création d’un fonds européen de défense pour que « la dette ne soit plus un fardeau mais un levier ».

Comment s'annonce, selon vous, l'année 2016 sur le plan économique ?

L'année 2016 sera meilleure que 2015. Peut-être un peu moins porteuse que ce que l'on pouvait espérer il y a un an lorsque l'on se projetait, mais il y a des raisons d'être confiants pour nous, Atos, comme pour l'économie en général. D'abord parce que l'investissement dans la technologie est clairement reparti. Il y a non seulement un effet «  rattrapage » mais aussi de nouvelles ambitions des entreprises, qui veulent saisir les opportunités qu'offre la révolution digitale. Sur un plan macroéconomique, nous allons continuer à bénéficier d'un environnement favorable. Le prix du pétrole reste bas, l'euro est compétitif et même si l'on est à un moment d'inversion de cycle pour les taux d'intérêt, ceux-ci restent bas.

Pas trop d'inquiétude à avoir, donc, concernant la France ?

Malheureusement si, car notre pays n'a pas su profiter de la baisse des taux d'intérêt pour réduire son endettement. La baisse des taux nous a, en quelque sorte, anesthésiés, car nous n'avons pas ressenti l'effet dévastateur de la hausse de notre dette. Il y a dix ans, lorsque j'avais poussé un premier cri d'alarme sur le niveau de notre endettement public, la situation était déjà très grave. Elle est désormais catastrophique. Et qu'on ne nous dise pas que tout est la faute de la crise. La crise a frappé tout le monde mais tout le monde n'a pas décroché comme la France. En Allemagne, l'endettement a été maîtrisé à hauteur de 75 % du PIB et le chômage est passé de plus de 9 % à 5 %. L'écart de performance entre les deux piliers de la zone euro ne cesse de se creuser et cela n'est pas seulement dangereux pour l'avenir de l'Union européenne : c'est intenable.

Qu'est-ce qui vous inquiète ?

En dix ans, notre endettement est passé de 1.200 à 2.000 milliards d'euros. C'est un quasi-doublement dans un contexte de croissance molle d'environ 1 % par an en rythme annualisé. J'avais réussi à faire chuter la dette de 65 à 62 % du PIB. Nous sommes désormais à 95 %. Mais comme les taux appliqués aux obligations d'Etat sont passés sur la même période de 4 % à 0,9 %, la charge de nos intérêts est restée stable autour de 45 milliards d'euros par an. C'est trompeur. Nous sommes devenus totalement vulnérables. Que fera le prochain président de la République lorsque les taux finiront par remonter ? S'ils ne revenaient qu'au niveau d'il y a dix ans, la charge des intérêts annuels passerait rapidement de 45 à 100 milliards d'euros ! Pour faire face à une telle situation, il faudrait doubler l'impôt sur le revenu des Français ! Nous nous sommes endettés sans en payer le prix, mais nous devrons un jour payer les conséquences de notre endormissement. La terrible logique mathématique de la dette est enclenchée. Nous avons perdu nos marges de manoeuvre alors qu'il faudrait investir massivement dans la formation, la transition énergétique, le numérique et notre sécurité.

Donc, tout est perdu ?

En politique, il n'y a pas de situation désespérée ; il y a un héritage à assumer et des solutions à trouver. Des solutions qui passent forcément par une approche européenne et une mutualisation des efforts de tous. Le traité de Lisbonne incitait déjà les Etats membres à mettre en oeuvre une politique européenne de sécurité et de défense commune à travers la coopération structurée permanente. L'idée n'est pas nouvelle, elle remonte aux années 1950, à René Pleven. Il est temps de passer aux actes.

Pourquoi lier les questions de dette à la défense ?

Parce qu'une partie importante de la dette européenne provient de l'effort de défense qui, au fil des années, a permis de bâtir un socle de paix en Europe. La défense est au coeur du projet européen. Et si les efforts ne sont pas les mêmes d'un pays à l'autre, ils profitent à tous : c'est le domaine où l'on peut mutualiser par excellence. J'ajoute qu'il ne peut y avoir de monnaie sans défense. Dans toute l'histoire des monnaies, la monnaie et la défense sont des éléments de souveraineté indissociables sur le long terme. D'où l'idée de pousser la réflexion plus loin avec la création d'un fonds européen de défense qui permettrait à la zone euro de faire un pas historique dans son intégration et pour sa sécurité ; tout en préservant les souverainetés nationales à travers un mécanisme de gouvernance approprié. L'Europe, stratégiquement, est de plus en plus seule face à son destin : les Etats-Unis se désengagent car ils ont d'autres priorités, les menaces augmentent, les périls sont là et la demande de sécurité et de défense des citoyens européens n'a jamais été aussi forte. Or que voyons-nous ? L'Europe est la seule région du monde où, depuis dix ans, les dépenses militaires ont baissé de 9 % ! Alors qu'elles ont bondi de 167 % en Chine, de 97 % en Russie, de 112 % en Arabie saoudite, de 39 % en Inde etc. L'Europe doit impérativement relever la garde. Or ses Etats sont surendettés et n'ont plus de marge de manoeuvre.

Comment faire ?

L'idée que je suggère est de créer un fonds européen de défense, un peu à la manière du mécanisme européen de stabilité mis au point pour faire face à la crise de la dette de la zone euro. Le mécanisme serait le suivant : le fonds aurait vocation à refinancer l'ensemble des dettes des pays de la zone euro consacrées à la défense. Si on regarde combien chaque pays a dépensé pour sa défense depuis son entrée dans la monnaie unique, la France arrive en tête avec 720 milliards d'euros, puis viennent l'Allemagne (560 milliards), l'Espagne (200 milliards) etc. Si on retire de la dette de chacun de ces pays la part qui relève de la défense, la dette de la France revient de 95 % à 61 % du PIB, celle de l'Allemagne est ramenée à 55 %, celle de l'Espagne à 79 % etc. La convergence est de nouveau à portée de main.

Quel serait l'intérêt de transférer ces dettes dans un fonds européen ?

Il s'agirait de reprofiler la dette de l'ensemble des pays de la zone euro à un moment où ils font face à un défi stratégique majeur. Ce fonds que j'appellerais mécanisme européen de sécurité et de défense émettrait des obligations à très long terme, de 50 ans par exemple. Ces liquidités lui permettraient de reprendre la dette-défense des Etats qui, depuis la création de l'euro, s'élève au total à environ 2.300 milliards. Le fonds, dont la signature serait garantie par les Etats, émettrait donc des obligations de long terme pour ce montant afin de reprendre à sa charge cet énorme paquet de dette. Ce mécanisme permettrait de remettre à zéro la dette de défense des Etats. Le fonds serait financé par un transfert de ressources fiscales des Etats équivalent à 2 points de TVA qui permettrait de garantir sa signature AAA, de payer les intérêts de la dette et de financer chaque année la moitié des dépenses de défense des pays concernés. Sur ce point, il est indispensable que chacun garde la maîtrise de ses dépenses de souveraineté spécifiques. Le reste - à peu près la moitié - étant mutualisé au niveau européen. Bien entendu, chaque Etat aura toute liberté d'augmenter ou non sa TVA. Pour la France, je recommanderais de baisser les dépenses publiques au prorata des 2 points de TVA. Nous avons largement les marges de manoeuvre pour le faire. Enfin, pour rembourser le capital, serait affecté à ce fonds 1 point supplémentaire de TVA dans dix ans sur le reste de la période. Avec ce mécanisme, le fonds reprendrait donc la totalité de la dette-défense des Etats, mais aussi la moitié de leurs dépenses annuelles de sécurité ; le tout sortant de la logique maastrichtienne.

Pourquoi les autres pays européens, surtout l'Allemagne, accepteraient-ils un tel mécanisme de mutualisation profitant d'abord à la France ?

Parce que l'enjeu est stratégique pour tout le monde. La crainte majeure de Berlin est que la situation d'endettement de la France devienne intenable en cas de remontée des taux d'intérêt, ce qui ne manquera pas d'arriver dans la décennie qui vient. La construction européenne repose sur un équilibre au sein du couple franco-allemand. Si nos situations divergent trop, l'Europe finira par imploser. Notre intérêt commun, c'est de rapprocher rapidement, pas en trente ans, nos positions budgétaires afin de consolider un socle européen. Nous avons une monnaie commune, il nous faut maintenant une défense et une sécurité communes. L'un ne peut fonctionner durablement sans l'autre. C'est le défi historique de la génération qui vient.

Les responsables politiques vous semblent-ils réellement réceptifs à de telles propositions ?

Soyons confiants, c'est dans des périodes comme celle-là que l'Histoire donne l'occasion aux grands hommes d'Etat d'émerger : des de Gaulle, Churchill, Adenauer… Nous sommes au coeur d'une période où notre destin peut basculer. Jamais, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Europe n'a été à ce point chahutée. Si nous ne reprenons pas en main notre destin, nous resterons prisonniers d'une dette qui nous tire vers le fond et nous empêche de nous projeter vers l'avenir. Nous pouvons agir et redistribuer les cartes en faisant en sorte que la dette ne soit plus un fardeau mais devienne un levier.