Le visage de l’Amérique va-t-il changer avec Donald Trump?

Thierry BRETON. –Donald Trump a esquissé une Amérique plus repliée sur elle-même et encore moins désireuse de jouer les gendarmes du monde. Va-t-il rebattre les cartes de la géopolitique mondiale? D’aucuns le pensent ou le craignent. En toute hypothèse, son élection pose très clairement la question du financement de la défense de l’Europe. Depuis des années, l’Otan appelle les pays européens à investir plus pour faire face aux menaces grandissantes aux frontières. Or depuis dix ans, les dépenses de défense diminuent. Seules la France et la Grèce maintiennent un effort proche des 2 % du PIB recommandés par l’Otan. L’Allemagne, elle, n’y consacre que 1,1 %.

Et sur le front économique?

Les marchés, jusque-là, ont fait preuve de retenue et de sang-froid. Trump promet de relancer les investissements d’infrastructures et de baisser les impôts. Une telle politique soutiendrait l’activité économique et accélérerait la reprise de l’inflation. Logiquement, les taux d’intérêt devraient donc eux aussi remonter. Une telle perspective est de mauvais augure pour les États les plus endettés. En France, la charge des intérêts de la dette est d’environ 45 milliards d’euros par an. Elle grimperait à 100 milliards si les taux dépassaient les 3 ou 4 %. Pour payer l’explosion des intérêts, il faudrait doubler l’impôt sur le revenu. Impossible! Ajoutons qu’une hausse des taux d’intérêt menacerait rapidement une Europe mal en point. Les divergences économiques ne cesseraient de s’accroître entre les pays qui, comme l’Allemagne, ont réussi à contenir leur dette publique pendant la crise et affichent des budgets excédentaires ; et d’autres, qui, comme la France, verraient leur dette et leurs déficits exploser. En d’autres termes, l’élection de Trump est susceptible d’exercer sur l’Europe une double contrainte économique et géopolitique à laquelle il est urgent de se préparer. Il est donc impératif que les États réussissent à se désendetter tout en dépensant plus pour leur protection. Après le choc du Brexit, puis celui de l’élection américaine, il est inimaginable de ne pas réagir!

Est-ce raisonnablement possible de relever un tel défi?

Oui. Le projet de fonds européen de sécurité et de défense que je porte répond à cette double préoccupation. Conçu sur le principe du Mécanisme européen de stabilité, il émettrait à sa création des obligations à 50 ans pour racheter la totalité de la dette des pays européens consacrée à la défense depuis l’introduction de l’euro, soit 2300 milliards. C’est le moment ou jamais de le faire, car les taux d’intérêt sont encore extrêmement bas. À titre d’exemple, le fonds rachèterait pour 720 milliards d’euros de dette à la France (de loin le premier contributeur à la défense en Europe), 540 milliards à l’Allemagne, 400 milliards à l’Italie ou 200 à l’Espagne par exemple. Notre dette serait ainsi ramenée à 61 % du PIB contre près de 100 % aujourd’hui. Celle de l’Allemagne, à 55 %. C’est parce qu’ils retrouveraient enfin l’équilibre perdu en 2007 que les deux principaux piliers de l’Europe pourraient, sur une base assainie et plus homogène, impulser une nouvelle dynamique à la construction européenne.

Retrouvez l’intégralité de cette interview par Jacques-Olivier Martin dans Le Figaro du samedi 19 novembre.