Denis Fainsilber ; Anne Bauer

Enquête – Face à la montée des menaces, Angela Merkel est désormais prête à s’allier à Paris pour renforcer l’Europe de la défense. L’Allemagne promet beaucoup, mais rien n’est joué.

C’est une initiative qui témoigne du nouveau rôle que veut se donner l’Allemagne dans l’Europe de la défense. La base aérienne d’Evreux (BA105), dans l’Eure, va accueillir à l’horizon 2021 la première unité aérienne binationale franco-allemande : celle-ci exploitera de façon entièrement conjointe les appareils de transport tactique Lockheed  C-130J que les deux pays vont acquérir pour remplacer des vieux Transall à bout de souffle et pallier les retards de livraison de leurs gros-porteurs Airbus A400M.

Soit huit appareils pour commencer (quatre de chaque côté) et probablement douze à terme. Et un investissement de 100 millions d’euros, réparti à 50/50, pour créer des hangars et un centre de formation conjoint. L’accord en ce sens a été signé en avril dernier par les deux ministres de la défense, à l’époque JeanYves Le Drian et Ursula Von der Leyen. […]

Dissuasion nucléaire

Depuis le Brexit, le couple franco-allemand est le seul moteur possible pour avancer sur le front de l’Europe de la défense. Mais derrière le volontarisme affiché par Emmanuel Macron et Angela Merkel, rien n’est gagné. Certes, les budgets de défense sont désormais équivalents, mais la France assume la charge de la dissuasion nucléaire; et quand l’Allemagne annonce 1.000 soldats en appui au Sahel, la France en déploie quatre fois plus. […]

« Si Merkel passe une alliance avec les libéraux et les verts, son appétit pour l’Europe de la défense va décroître » , s’inquiète le PDG d’Atos Thierry Breton, qui milite pour un refinancement commun des dépenses de défense en Europe, afin de ramener de la convergence dans l’endettement entre la France et l’Allemagne. « De toute façon, l’Allemagne n’a pas les infrastructures militaires pour y dépenser 2 % de son PIB » , parie-t-il. A l’inverse, la France a désespérément besoin d’argent, ne serait-ce que pour renouveler sa force de dissuasion nucléaire qui bénéficie à toute l’Europe. »

Berlin a l’argent, la France les savoir-faire, la base industrielle et les capacités militaires européennes doivent être renforcées. Dans ce contexte, le gouvernement d’Emmanuel Macron pousse pour une relance de programmes franco-allemands d’armement. Or jamais l’Allemagne ne renforcera son budget sans vouloir muscler sa propre industrie de défense.

Dans le terrestre, une alliance s’est nouée autour des chars de KNDS qui tarde pour l’heure à porter ses fruits. Dans le maritime, la concurrence est totale entre l’Allemagne et la France qui soutient Naval Group, lequel souhaite se rapprocher des Italiens de Fincantieri. Reste le nerf de la guerre : l’aéronautique.

Avion de combat commun ?

En juillet, lors du sommet franco-allemand, les gouvernements se sont donné six mois pour produire une feuille de route , afin d’aller vers un avion de combat commun. Les industriels français sont méfiants, à l’idée de donner à Berlin les clés d’un de leurs rares avantages compétitifs. Berlin a remporté une première manche sur le projet de drone du futur, en imposant ses critères, à savoir un engin à deux moteurs quitte à faire grimper ses coûts. Le président Macron a accepté. En échange de quoi ?

Personne ne le sait, mais chacun espère que c’est en faveur d’un futur avion de combat franco-allemand qui laissera à Dassault un rôle important. Car l’Allemagne a besoin de remplacer ses chasseurs Tornado dix ans avant la fin de vie des Rafale. L’alternative ?

Soit elle achète des F-35 américains comme la Grande-Bretagne ou l’Italie, « et la messe est dite, c’est la fin de l’Europe de la défense » , explique la communauté française de défense. Soit les deux alliés trouvent un accord autour du Rafale… avec un retour industriel pour l’Allemagne en échange de son investissement. Ce qui impliquera de rapprocher Dassault et Airbus, afin de sauver une aéronautique militaire européenne. Pour l’heure, l’industrie française (Thales, Dassault, MBDA, Safran) n’est pas prête à la germanisation

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