Plusieurs acteurs proposent des machines des plus classiques permettant de tester des programmes écrits avec des règles quantiques.
Simuler n’est pas jouer, mais quand il n’y a pas encore de jeu, c’est la seule chose à faire. En attendant donc de disposer de performants ordinateurs quantiques, plusieurs acteurs proposent des machines des plus classiques permettant de tester des programmes écrits avec des règles quantiques. La théorie quantique se met en effet facilement en équations.

 

Dernière annonce en date, celle de l’entreprise française Atos, spécialiste du ­numérique (big data, cybersécurité, ­supercalculateurs). Mardi 4 juillet, à Bruxelles, lors de ses journées technologiques, elle a lancé la commercialisation de l’ATOS QLM (pour Quantum Learning Machine), une variante de ses serveurs Bullion, utilisés pour gérer de grandes ­bases de données. Pour 100 000 euros, il est possible de simuler 30 bits quantiques (ou qubits), l’unité de base de ces étranges machines. Les plus grosses, d’IBM ou de Google, ne font que 17 qubits.

 

L’entreprise propose d’augmenter les capacités du QLM jusqu’à 40 qubits, en ajoutant des modules, sorte de grosses boîtes à pizza empilables dans le réceptacle.

Ces simulateurs n’appartiennent pas à la catégorie des supercalculateurs destinés à modéliser le climat, la cosmologie, la biochimie… lls possèdent des processeurs à plus de vingt cœurs (moins d’une dizaine sur un PC courant), embarquant des centaines de gigaoctets de mémoire vive (contre une dizaine sur un PC courant).

 

Ces composants n’ont donc rien de monstrueux et suffisent pour tester des algorithmes quantiques d’exploration de base de données, de factorisation, de correction d’erreurs… Ou pour vérifier la résistance d’algorithmes classiques de chiffrement à des attaques quantiques. Mais par définition ce sera insuffisant pour réaliser des calculs nouveaux et utiles qui demandent au moins 50 qubits, voire une centaine. Or passer de 40 à 50 qubits multiplie par mille environ la mémoire nécessaire au traitement de l’information…

 

« Nous apportons le calcul quantique à un maximum de personnes afin de ­commencer à préparer les acteurs à ce nouveau monde », explique Philippe ­Duluc, directeur technique de la division big data et sécurité d’Atos, qui espère ­convaincre des universités ou des industriels d’utiliser ce simulateur.

 

Atos a basculé officiellement dans le monde quantique en 2016 en créant une équipe sur ces questions et en se dotant d’un prestigieux comité scientifique : le mathématicien et député La République en marche Cédric Villani, le Prix Nobel de physique 2012, Serge Haroche, et ses collègues très célèbres également dans le ­domaine, Alain Aspect, Artur Ekert ou ­David DiVicenzo. Des collaborations avec des laboratoires académiques au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et à l’université Pierre-et-Marie-Curie sont en cours.

 

Avec la machine, l’entreprise propose son propre langage de programmation, aQasm, dont elle espère qu’il deviendra un standard. Sauf que d’autres sont déjà sur les rangs. Depuis 2016, Microsoft met à disposition son propre langage également, LIQUi|>, et des capacités de calculs pour une trentaine de qubits. Factoriser un entier de quatre chiffres avec 27 qubits prend cinq jours, avec 32 Gigaoctets de mémoire vive. Et quatre heures avec le plus gros simulateur d’Atos à 40 qubits.

 

Autre « simulateur », celui de la start-up américaine Rigetti Computing, qui a déjà levé 70 millions d’euros, et promet d’être la première à construire « le plus puissant ordinateur du monde ». Le 20 juin, elle a lancé son projet Forest, avec lui aussi son propre langage de programmation et une machine dédiée, mais accessible en ligne, contrairement à celle d’Atos.