Par Bénédicte Alaniou et Matthieu Pelloli

Craignez-vous que l’élection de Donald Trump modifie en profondeur l’équilibre économique mondial ?

Thierry Breton . Durant sa campagne, il a développé un discours très protectionniste. On rompt les accords commerciaux internationaux comme l’Alena (NDLR : entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique), on oublie le Tafta (NDLR : en cours de négociation entre les Etats-Unis et l’Europe), on taxe fortement les produits chinois, on laisse l’Europe à son destin. Sur le papier, c’est évidemment préoccupant, surtout quand on y ajoute une baisse massive des impôts et des grands chantiers d’infrastructures, des mesures inspirées de Ronald Reagan. On a là un programme économique à la fois récessif, isolationniste et qui va grever massivement les finances publiques, si toutefois il devait être appliqué tel quel.

Vous pensez que Trump va devoir composer ?

Je pense qu’après une phase d’incertitudes de quelques mois, les choses devraient se normaliser. En revanche, il a fait des promesses et il va devoir en réaliser certaines rapidement, les baisses d’impôt notamment. Mais là, il a besoin de l’autorisation du Congrès, avec qui il va devoir cohabiter. Il ne faut pas oublier qu’il a été élu contre les grandes figures du Parti républicain.

Avec ce président, la Federal Reserve, la banque centrale américaine, va-t-elle remonter ses taux d’intérêt qui impactent l’économie mondiale ?

Je ne le crois pas, pas dans l’immédiat. Janet Yellen, la patronne de la Fed, avait prévu de le faire en décembre. Mais Trump est décidé à ouvrir les vannes, pour parler familièrement, ce qui signifie qu’on va continuer avec une politique accommodante de taux bas. C’est peut-être ce qui explique aussi la réaction des marchés financiers aujourd’hui (hier) : à Paris, le CAC termine en hausse de 1,5 %, au lieu des – 5 à – 6 % qui ont suivi l’annonce du Brexit.

Le candidat s’est engagé à remettre en cause les accords internatio-naux, voire à sortir de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le président va-t-il tenir parole ?

Remettre en cause l’adhésion globale à l’OMC, je n’y crois pas. Les liens sont trop anciens et trop solides. Même chose pour l’Alena, ce serait trop compliqué. Je pense que sa première initiative va être de geler le Tafta. Il devrait l’annoncer vite. C’est un geste politique fort sans être trop coûteux.

Quelles seront les conséquences sur le couple euro-dollar ?

Les monnaies vont être impactées, c’est déjà le cas pour le peso mexicain. Mais ce qui va vraiment peser à moyen terme c’est la poursuite du creusement des déficits. En conséquence, je ne vois pas le dollar se renforcer dans les mois qui viennent.

Les entreprises françaises courent-elles un risque ?

Il y a tellement d’interactions et d’échanges entre nos deux pays que je pense que d’ici sa prise de fonction la situation va se normaliser.

Je ne suis pas inquiet. Atos, par exemple, a 10 000 salariés aux Etats-Unis et produit localement

. Nous sommes profondément implantés dans le tissu économique américain. Pour les entreprises qui ne sont pas sur place et sont soumises aux droits de douane, c’est une autre affaire. Mais les accords existent, et les défaire ne sera pas facile.

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