Pourquoi Atos développe-t-il des supercalculateurs ?

Avec nos 100.000 ingénieurs, nous sommes des industriels de la donnée, de l’extraction au traitement en passant par le stockage : du big data. Or ces données augmentent de façon exponentielle, au point que l’on parle de « data deluge ». En 2020, nous atteindrons 40 Zetabytes, soit 40 mille milliards de milliards de données exploitables dans le monde. C’est davantage que le nombre de grains de sable sur Terre !

Et il faudra être capable d’aller chercher un grain de sable bien précis, pour le mettre ensuite en relation avec un autre. Pour parvenir à cela, la puissance de calcul est clef. Il faut des super machines qu’Atos, à travers Bull (ndlr : rachetée par Atos en 2014) est l’un des trois ou quatre acteurs mondiaux à savoir concevoir et fabriquer aujourd’hui, et le seul européen.

Qui aura besoin d’une telle puissance ?

Les industriels s’en servent déjà aujourd’hui pour inventer la voiture ou l’aile d’avion du futur. Les PME y viennent en louant de la puissance de calcul pour des besoins ponctuels. Mais, plus largement, tous les secteurs ont besoin de modélisation. Industrie du futur, banque, assurance, agriculture… Demain, pour mettre au point des traitements médicaux réellement adaptés aux besoins de chacun, les molécules de médicaments seront individualisées et mises au point sur un supercalculateur.

Nos clients en ont besoin pour imaginer des millions de services nouveaux. L’informatique, ce n’est plus seulement des gains de productivité. La digitalisation et l’arrivée des plates-formes collaboratives de type Uber transforment tous les métiers qui doivent se réinventer et changer de business model. La maîtrise de la technologie et la proximité de l’innovation redeviennent essentielles, l’informatique retrouvant ainsi sa place de ressource de proximité, par nécessité réglementaire mais aussi stratégique.

En quoi est-ce important d’avoir un acteur français et européen sur ce marché ?

Lorsqu’il s’agit d’informations critiques et sensibles, il est essentiel qu’elles soient traitées sur le territoire européen, régulées selon nos propres normes et pas celles des autres. On touche là au cœur du réacteur, que ce soit pour nos clients privés ou publics. Pour nos plus grands clients, il est également indispensable d’être proche car nous travaillons avec eux sur l’évolution de super machines, en fonction de leurs gigantesques besoins à venir dans le big data sécurisé.

Vos rivaux sont lourdement subventionnés par leurs pays. Êtes-vous assez soutenus ?

Nous sommes soutenus. Mais les très grandes puissances internationales sponsorisent significativement leurs entreprises de haute technologie, et bien plus que chez nous. Grâce à nos équipes remarquables de recherche et développement cela ne nous empêche pas d’être dans la course.

J’espère bien, néanmoins, que nous bénéficierons de davantage de financements pour les prochaines années, notamment européens, car Atos SE est une entreprise européenne. Je souhaite ainsi créer une filière européenne, avec des ponts vers le monde académique. J’en ai parlé au Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. C’est l’intérêt de l’Europe de créer un écosystème puissant et indépendant.