Je l’évoquais dans ma tribune précédente : Atos a souhaité être la première entreprise du CAC40 à soumettre à ses actionnaires sa raison d’être. Celle-ci commence par ces mots : « Notre mission est de contribuer à façonner l’espace informationnel ». 

Dans cette phrase, chaque mot a son importance. Mais, tout d’abord, de quoi parlons-nous lorsque nous évoquons l’espace informationnel ?

 

L’espace informationnel, un espace comme les autres

Le terme d’espace informationnel peut surprendre au premier abord. L’espace informationnel, c’est celui où nos et informations données circulent, sont stockées et sont traitées. Or nous tendons à penser aux données comme un élément immatériel, à l’opposé donc de l’idée d’un espace physique.

Mais cette vision est largement erronée : dès 1997, le professeur Henry Bakis analysait l’interconnexion entre cyberespace et géoespace, entre monde des données et géographie humaine. Il annonçait ainsi que les données redéfiniraient l’usage de l’espace, fournissant la « trame de l’espace géographique du XXIème siècle ».

Et, lorsqu’on y regarde de plus près, l’espace informationnel ressemble à s’y méprendre à ceux que l’homme a pu conquérir et façonner avant lui : espace terrestre, maritime, aérien et aujourd’hui spatial.

 

Temps de l’exploration, temps de la conquête, temps de la maîtrise

Comme pour l’espace informationnel, la conquête des espaces terrestre, maritime ou aérien s’est organisée en plusieurs temps. Tout d’abord vient le temps de l’exploration, époque de pionniers où les risques sont grands et les réglementations inexistantes. Aux marins qui embarquaient pour les Amériques, aux passagers des premiers avions, aux premiers utilisateurs d’Internet, on tenait généralement le même discours : si quelque chose de mal vous arrive, vous n’avez qu’à vous en prendre à vous-même.

Vient ensuite le temps de la conquête : les technologies deviennent plus fiables, permettant leur usage accru. Des acteurs émergent comme la Compagnie des Indes Orientales, l’Union Pacific Railroad ou, aujourd’hui, Facebook, ils deviennent incontournables et parviennent à fixer les règles du jeu à leur avantage.

C’est le moment où émerge la question d’imaginer les lois qui doivent régir le nouvel espace. Les premières querelles sur la régulation d’Internet rappellent ainsi, mutatis mutandis, les débats entre partisans de la Mare Liberum et de la Mare Clausum, Grotius contre John Selden, au XVIIème siècle. Ils font pareillement écho à la question de la déréglementation du transport aérien dans les années 70 et 80.

 

L’heure est venue de façonner l’espace informationnel

Puis vient le troisième temps, le moment de façonner l’espace, de le structurer et de le réguler mais aussi de le rendre sûr et accessible.

C’est le moment où l’espace devient cartographié et maîtrisé : dans l’espace terrestre, c’est le rôle des cadastres, des cartographies précises, du découpage territorial – en France, ces départements que l’on devait pouvoir parcourir en une journée de cheval. Dans le domaine maritime, c’est le rôle des conventions internationales modernes, lointaines héritières de Grotius et Selden.

 

C’est dans cette troisième phase qu’entre aujourd’hui l’espace informationnel.

Seule l’échelle de temps a changé : façonner l’espace terrestre a pris des millénaires, fixer les règles du transport maritime des siècles. La question du façonnement de l’espace informationnel n’aura guère mis que trois décennies pour s’imposer dans le débat public. Elle sera au cœur de ces prochaines années.

 

Façonner un espace, c’est le rendre sûr, fiable et éco-responsable

Ce n’est pas par pur goût de l’analogie que j’esquisse ce parallèle entre l’espace informationnel et les espaces terrestres, maritimes ou aériens, mais parce qu’il éclaire le chemin qu’il nous faut parcourir aujourd’hui.

Façonner l’espace, dans tous ces domaines, c’est le sécuriser, le rendre fiable et permettre au plus grand nombre d’en profiter. Aujourd’hui, lorsque je prends un avion, je n’ai pas l’impression de vivre une aventure, de prendre des risques. Je ne m’émerveille pas chaque jour que mon train ou mon tramway arrive à bon port.

Nous n’avons pas atteint ce risque « quasi-zéro » pour ce qui est de l’espace informationnel. Celui-ci connaît toujours un niveau de risque plus élevé que celui des autres espaces – du risque de désinformation au piratage ou aux fuites de données. Cette dimension fait, aujourd’hui encore, partie de son quotidien.

C’est pour cela qu’Atos s’est fixé comme ambition de permettre au plus grand nombre, et notamment à nos collaborateurs et clients, de « vivre, travailler et progresser durablement et en toute confiance dans l’espace informationnel ». 

Cette ambition pose deux conditions, la cybersécurité et l’éco-responsabilité, deux objectifs essentiels au façonnement de notre espace informationnel commun, que je traiterai de façon plus détaillée dans les jours à venir. 

 

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