La société française de technologie et de services annonce un partenariat avec Google. Les applications iront de l’intelligence artificielle à l’environnement de travail connecté.

Atos va faire entrer Google dans les entreprises tout en assurant à ces dernières la souveraineté de leurs données industrielles. Dans une interview aux « Echos », Thierry Breton, le PDG de l’entreprise informatique française, présente un partenariat mondial inédit avec le géant californien. Atos pourra notamment proposer à ses clients des accès sécurisés aux technologies d’intelligence artificielle développées à Mountain View. Pour accéder aux technologies les plus pointues, « nos clients demandent un tiers de confiance », explique Thierry Breton.

Vous annoncez un partenariat avec Google, de quoi s’agit-il ?

L’accord permet de marier les compétences d’Atos dans le traitement et le stockage de données en toute sécurité, à celles de Google  dans les technologies de « machine learning » et du cloud public . Il s’agit ainsi de créer des solutions en ligne depuis les serveurs de nos clients, ceux que nous privatisons pour eux, les nôtres et ceux que leur loue Google. Les applications iront de l’intelligence artificielle à l’environnement de travail connecté. Il s’agit d’un partenariat mondial unique entre une société de technologie et de service comme Atos, qui sait adapter ses solutions pour accompagner la transformation digitale des clients, et l’entreprise la plus avancée en matière d’intelligence artificielle. Nous partageons avec Google le même souci de performance et de sécurité.

Comment fonctionnera votre coopération avec Google ?

Il s’agit de répondre à une demande de nos clients : il est indispensable que les entreprises aient la capacité de stocker et traiter leurs données critiques là où elles le souhaitent. Et, en même temps, qu’elles puissent utiliser toutes les technologies développées par un groupe comme Google. Ce que nous proposons à travers cet accord mondial, c’est d’être le tiers de confiance qui garantit à nos clients qu’à tout moment, personne d’autre qu’eux n’aura accès à leurs informations. C’est pour eux un enjeu de souveraineté.

Concrètement, que proposerez-vous aux entreprises ?

Avec cette alliance, nous assurerons à nos clients qu’ils pourront utiliser les algorithmes de « machine learning » de Google tout en bénéficiant des avantages du cloud, qu’il soit public ou privé, et en sachant où sont stockées leurs données industrielles. C’est un sujet absolument crucial. Les données sont devenues un enjeu majeur. Nos clients demandent à  être protégés des cyber-risques et sont également soucieux d’avoir des solutions conformes aux réglementations européennes et internationales ; en un mot, d’avoir un tiers de confiance.

Les grands noms américains de l’informatique installent leurs centres de données en France ou en Europe pour rassurer. A-t-on vraiment besoin d’Atos comme tiers de confiance ?

Atos est une société de droit européen et garantit que les données de ses clients européens localisées en Europe ne seront régies sous aucun autre droit. Aussi, nos clients préfèrent passer par nous quand ils veulent travailler dans un cloud public, par crainte, notamment de l’extraterritorialité de certaines lois qui peuvent s’appliquer aux clients des entreprises américaines par exemple. Il est indispensable que les entreprises aient la capacité de stocker et traiter leurs données critiques en Europe. J’en ai parlé récemment avec la Commissaire européenne à la Société numérique, Mariya Gabriel, qui partage ce point de vue. Pour les entreprises, leurs données c’est leur historique, ce qui garantit la maîtrise de leur savoir-faire. De la maîtrise de leurs données dépend la création de la valeur ajoutée à venir.

Atos annonce également ouvrir trois centres de recherche et développement (R&D), à Dallas, Londres et Paris. Dans quel but ?

Ces trois nouveaux centres Atos ont vocation à faire travailler ensemble nos clients, nos experts ainsi que ceux de Google, pour développer toutes ces solutions et notamment des algorithmes que nous projetons d’adapter en fonction des besoins de nos clients. En informatique, l’expertise est maintenant une question de proximité. Nous ouvrirons bientôt un quatrième centre mondial de R&D et de « machine learning » en Allemagne

Google va ainsi pouvoir pénétrer le marché des entreprises sur lequel il est encore peu présent aujourd’hui…

C’est le sens de ce partenariat, associé à cette notion de tiers de confiance. Nous adapterons la technologie Google aux clients qui le souhaitent sur un mode préférentiel et non exclusif. Culturellement, c’est notre métier. Il faut être proches des entreprises comme nous le sommes pour pouvoir personnaliser les algorithmes d’intelligence artificielle en fonction des besoins des professionnels. Nous déploierons aussi leurs offres de cloud public –  Google Cloud Platform devient notre offre de cloud public par défaut  – et leurs logiciels de bureautique de la gamme G-Suite.

Quelle est la valeur de ces données industrielles ?

Pendant très longtemps, analyser des données permettait de créer des gains de compétitivité. Aujourd’hui, on traite ces données pour inventer de nouveaux modèles économiques et créer de la valeur ajoutée. Notamment en utilisant des algorithmes spécifiques d’intelligence artificielle.  Après une phase préparatoire d’apprentissage automatique , ces applicatifs sont déportés, par exemple, dans les usines

Vous vous concentrez sur les données industrielles. Or ce sont les données personnelles font débat aujourd’hui…

En matière de données et d’intelligence artificielle, la vraie révolution qui est devant nous est celle de l’industrie. Le volume de données dans le monde double tous les dix-huit mois. En 2020, on en comptera 40 zettabytes, soit davantage que d’étoiles observables dans l’univers connu. Les données personnelles n’en sont qu’une partie. Notre métier, c’est de stocker, traiter et protéger les données de nos clients, dans tous les secteurs d’activité. L’Europe se réveille et est en train de comprendre à quel point cet enjeu est stratégique.

Nicolas Barré, Florian Dèbes, Fabienne Schmitt

Photo : ROMUALD MEIGNEUX/SIPA