Le PDG d’Atos et le directeur général de Worldline, Gilles Grapinet, expliquent pourquoi l’acquisition de SIX Payment Services est une étape clef pour l’industrie des paiements en Europe.

 

Plusieurs acteurs, dont Natixis et le scandinave Nets, étaient aussi candidats à la reprise de SIX Payments Services. Le prix a-t-il fait la différence ?

Gilles Grapinet : Le groupe SIX s’est décidé sur une proposition de valeur globale. Le prix en était certes un critère mais les actionnaires bancaires de SIX ne toucheront guère à court terme que 10 % du montant de la transaction en cash. Ils voulaient surtout participer à la consolidation et au développement futur du marché des paiements en Europe. Il leur fallait donc avoir la conviction que leur partenaire serait le plus à même de créer de la valeur.

Dans cette logique, la qualité du projet industriel et de la gouvernance proposés, qui leur permet naturellement d’être présents au conseil d’administration de Worldline, a aussi nourri leur conviction. Enfin, nous nous sommes engagés à fournir durant dix ans nos services aux banques suisses au travers de SIX. Cette qualité de service était aussi un critère déterminant.

 

Cette transaction était d’autant plus attractive que peu d’actifs sont sur le marché. Les banques sont-elles prêtes à se désengager de ce marché historique ?

Thierry Breton : La consolidation prend du temps mais nous en avons ! Nous nous y préparons depuis l’entrée en Bourse de Worldline il y a quatre ans : il s’agissait alors de donner à Worldline les moyens d’utiliser ses actions pour participer à cette consolidation. C’est ce qu’il a fait en acquérant Equens, puis SIX Payment Services.

Il y aura un avant et un après cette opération car elle va donner naissance à un champion européen des paiements plus de deux fois plus gros que son challenger le plus immédiat.

Dans une industrie de volumes comme celle des paiements où il faut de plus en plus de ressources technologiques et humaines, Worldline est désormais incontournable. Toutes les banques s’interrogent sur l’opportunité de conserver en interne une activité de processing. Nous les accompagnerons à leur rythme mais nous sommes clairement dans une phase d’accélération des réflexions.

Gilles Grapinet : Les grands commerçants sont aussi un puissant moteur de consolidation, car ils ont de plus en plus besoin d’un partenaire capable de les accompagner au-delà de leurs frontières domestiques. La réalité du marché européen, avec une monnaie unique qui permet de payer partout, s’invite dans la réflexion stratégique des banques.

 

Worldline et sa maison mère Atos ont-elles des cibles hors de l’Europe ?

Gilles Grapinet : Il faut d’abord être champion chez soi avant d’attaquer d’autres régions ! Il existe une asymétrie massive dans le monde entre d’une part des marchés américain ou chinois avec des acteurs très gros, et un marché européen très fragmenté avec des acteurs de taille beaucoup plus petite. La création de la monnaie européenne est encore très récente et celle de l’Europe des paiements (SEPA) l’est encore plus, c’est ce qui explique que nous soyons dans une phase de rattrapage.

Thierry Breton : Au niveau du Groupe Atos, ma priorité est de consolider notre position de leader en Europe avec la discipline financière qui est dans notre ADN. C’est une logique que nous appliquons à tous nos métiers. Mais nous sommes prêts aussi à saisir des opportunités outre-Atlantique pour nous renforcer dans le domaine des infrastructures de données ou dans le digital et l’intégration de systèmes informatiques. Nous regardons aussi tout ce qui pourrait renforcer notre pôle cybersécurité.

Ninon Renaud

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